Livre sorti pour le Salon de l’Autre livre (Espace des Blanc Manteaux 75004 Paris) le… 13 novembre 2015 !

 

Après une signature organisée par les éditions Pétra, le 16 février 2016 à la Galerie de l’Entrepôt, Paris 14e, le livre a été l’invité des Mardis littéraires de Jean-Lou Guérin, au Café de la Mairie, place Saint-Sulpice, Paris 6e, le 26 avril 2016 et Il a été présenté par Claudine Bohi.

 

Sanguine de Charles Klein réalisée pendant la Seconde Guerre mondiale, au camp où il était prisonnier.

 

4e de couverture :

 

« La guerre, et après… », n’est pas un roman mais un document dans lequel s’entrecroisent un journal de deuil, la recherche de l’auteur qui tente de déceler dans ses origines son obsession de la mort incarnée dans un destin qui trouve ses racines dans L’Histoire, et le journal de guerre que son père a rédigé au retour de ses années de captivité.

Document primordial qui met en évidence les traumatismes engendrés par la guerre, servi par l’écriture de Colette Klein.

L’auteur s’interroge,  et interroge le lecteur,  sur la nécessité de survivre dans un monde dominé par la guerre, tout en construisant, malgré elle, une œuvre qui inscrit sa mémoire individuelle dans le livre de la mémoire universelle.

 

à propos du livre

 

Message de Francis VLADIMIR

le 12 mars 2026 :

 

Il est des livres inclassables. La guerre, et après… de Colette Klein relève de cette catégorie hors cadres. Entremêlant journal de guerre d’un père prisonnier durant la 2ème guerre mondiale et son propre journal de deuil pour l’amant en allé, l’écrivaine nous tient en haleine dans deux mouvements combinés qui interrogent la fragilité des destinées humaines. Comme souvent, la mort assume sa présence en une blessure indélébile, et en suspens, qui confronte celui ou celle qui reste à l’évanescence de ce qui a été vécu, quand le pouvoir des mots redessine le profil de l’absent. Il y a dans les textes mémoriaux tout un ensemble de considérants qui brasse les étincelles de la vie et les cendres de la mort. Il en va ainsi d’un texte qui se sursoit à lui-même pour revenir en constante litanie dans ce qu’il développe tant dans l’éphéméride des jours qui s’écoulent dans un camp de prisonniers, que dans la ronde constante des saisons qui reviennent, en métronome têtu, scander les attentes du retour et les départs définitifs. Curieusement il n’y a rien de clos dans le livre de Colette Klein, du moins rien qui puisse ériger cette ligne, Siegfried ou Maginot, d’abandon, de frontières et de défenses, qu’un être sensible garderait en seul point de mire comme si la vie, dans sa trajectoire, jouée dès notre venue dans un monde rendu terrible par les hommes, se jouait tout de même dans nos impondérables, à nos yeux (de quidam et d’artiste), à nos mains (de potier, de sculpteur, de peintre… d’écrivain).

 

À lire le cheminement et les péripéties qui furent celle du père lors d’une trop longue période dans une Allemagne nazie en guerre, en une France battue en brèche, à suivre la survenue du deuil de la narratrice pour l’être qu’elle a intensément aimé, avec lequel le partage du corps et de l’esprit aura été possible, on se dit qu’un tel livre a les infinis mérite et qualité de faire du lecteur un proche accompagnant de l’écrivaine, un confident. Et cette proximité qui se feuillette de page en page et de bout en bout, du début à la fin de cette recension d’une histoire d’un père et du départ de l’aimé, à des dizaines d’années de distance, nous murmure à l’oreille cette étrange et douloureuse musique de qui sait s‘interroger sur sa fin prochaine sans que cela soit disproportionné en une prise de tête insupportable. C’est que le livre confronte le lecteur à l’espérance étonnante du père de se sortir des divers lieux qu’il aura connus durant ses années de captivité, pour survivre, ce qui prendra corps dans son journal et ses dessins de captivité, à son retour en France puis, alternativement, à l’exil intérieur auquel la narratrice se confronte dans une solitude assumée dans les détails de la séparation et de l’éloignement et les mots viennent ici construire la chambre d’écho par laquelle lecteur et écrivaine s’accompagnent le temps du livre.

On pourrait croire un tel livre mortifère à souhait, pourtant il n’en est point ainsi parce ce que la partie très personnelle que l’écrivaine nous donne à entendre, si elle est désarroi, n’est jamais un chemin de croix tant elle semble avoir toujours eu, en elle, la voix et l’héritage de ceux et celles qui la devancèrent et la lignée dont aucun de nous ne saurait se soustraire est ici, pour elle, en référence historique pour ce que le père a vécu et par les interrogations multiples et diverses que l’adresse à l’aimé contient, un arbre dont elle ne soupçonnait peut-être pas la force et la vitalité dans lesquelles elle aura puisé l’entêtement, à aller au bout d’elle-même, en dépit des chemins escarpés, des chausse-trappes de l’existence et des conflits que la famille convoque. Sans renoncer à ce qui fonde son écriture et pour ceux qui la connaîtraient mieux, sa peinture, savoir l’incertitude absolue dans laquelle nous nous tenons tous, elle évoque dans le secret d’une douleur jamais débordante, ce qui nous taraude pour certains, nous crucifie pour d’autres, notre fin programmée. Pourtant, la phrase, les mots, la fluidité de l’intime conviction de Colette Klein, s’ils pointent l’absurdité de nos vies, n’en soulignent pas moins le mystère et l’épiphanie renouvelés à l’aune de notre lumière intime, de notre conscience à réparer. Et s’il y faut bien accepter l’effacement que tout ce texte sensible, touchant, profondément humain, surprenant aussi et au final, bienveillant malgré lui, porte en bandoulière, c’est qu’il n’occulte jamais l’aventure que nous tentons d’avoir avec la vie même sous le regard constant et patient de la mort en embuscade.

 

Francis Vladimir, le 12 mars 2026

 

Article de Jean CHATARD :

 

Jour après jour, mot après mot, Colette Klein nous invite à la lecture du journal de son père Charles Klein, journal de guerre tenu à partir de septembre 1939 où il passe en revue toutes les horreurs, toutes les corvées de militaire en temps de guerre. Le tout sur fond de quelques blockhaus encore présents sur la ligne Maginot. Charles Klein fut vaguemestre, ce qui équivaut dans l’armée à distribuer le courrier.

A ce journal, Colette Klein associe un autre journal, le sien, après le décès de son compagnon, Pierre, dont beaucoup de spectateurs des matinées Arts et Jalons ont encore la voix en mémoire, et où chacun de ses mots, les mots du poème, revêt une importance capitale.

Ce livre de plus de 300 pages est le livre de la souffrance et de la tragédie mais aussi celui du courage-obligé, celui du sang qui bat aux tempes des vivants.

Il faut en effet du courage pour mener de front trois chemins qui mènent tous trois vers une même destination.

Pauvres humains ! Pauvres mortels que nous sommes !

Le désespoir gagne peu à peu du terrain chez la personne qui se retrouve seule et c’est le drame à trois niveaux : la guerre, la mort de l’Autre, sa propre mort envisagée.

Pour clore ce livre bouleversant à plus d’un titre, Colette Klein nous pose deux questions :

1 – Faut-il survivre ?

2 – A tout prix ?

Oui, Chère Colette Klein, il le faut.

 

Article de Michel JOIRET

paru dans la revue Le Non-Dit n° 112 de Juillet 2016 :

 

 

Imaginaire, c’est rêver que le monde existe et se comporter comme s’il n’existait pas. (Colette Klein dans Les Jardins de l’invisible).

 Hier au soir justement pour combler le vide, je suis allée au cinéma voir L’Étranger (Visconti/Camus…) et là, j’ai retrouvé mon argument de choc : mourir à trente ou à soixante-dix ans, quelle différence ? Quelle importance ? Pour les autres, oui, je le sais bien, mais quels autres ?

Traverser la guerre (la sienne et celle des autres), revenir de « tout », sauf de l’écriture, s’interroger et interroger le lecteur sur la nécessité de survivre, voilà donc le propos d’une femme qui tente d’esquiver des effets de robe de la mort omniprésente. L’opus n’a rien d’un roman, encore que… Il faut parler ici d’un témoignage méthodique et éclairant. Colette Klein nous offre en substance le journal de guerre que son père a rédigé au retour de ses années de captivité. De fait, elle dépasse le propos et s’inscrit naturellement dans la justification même de notre séjour ici-bas. Et tout se mêle au bénéfice du lecteur, qui visite sa propre angoisse dans le prisme des voix disparues et voisines à la fois. Sans qu’il y ait transfert de l’insupportable voisinage de la mort, il émane du journal des fragments d’humanité vraie qui nous inondent et nous requièrent. Témoin d’une tristesse partagée, la narratrice en revient donc à ses fondamentaux : les défunts plus diserts dans le souvenir que dans le cours de leur existence révolue. Les photos restitueront l’image, mais pas le son, pas la mobilité, rien de cette histoire qu’on exhume pour que reviennent les êtres chers. Les photos des disparus demeurent cicatrices d’un monde passé. Les conserver, les regarder, chercher à lire dans une expression dont on ne se souvient pas, susciter l’émotion qui fait basculer le présent. « Basculer » : le mot est lâché. En véritable régulateur de sens, il s’inscrit à faux contre les situations de vie qu’elles prétendent générer. Tout est affaire de papier, de lumière éteinte, de bruits étranges et de paroles chuchotées. L’intrusion du passé dans l’agenda des jours à venir est une supercherie et l’auteur entreprend cependant de réguler, au mieux de son écriture, les temps mélangés qui rebattent les cartes du présent. Que dire alors de l’art érigé ici en tour de contrôle, formalisant l’inconcevable, le symbole et le secret : J’écris pour me donner l’illusion que je pourrais trouver un but à l’existence, que vivre encore un peu servira à quelque chose. Je fais semblant d’y croire… Au fil des pages, ce journal à deux têtes dénonce bien entendu l’horreur de la guerre mais, en même temps, il fait un inventaire des situations de l’entre-deux ‘entre la vie et la mort), car c’est de lui que naîtra le témoignage bouleversant proposé dans ces carnets. Le bilan des « savoir-être » est chaque fois torpillé par des éclats du passé et débouche volontiers sur le désarroi de l’écriture elle-même, tantôt apaisée, tantôt réduite à quelques scories. Sur fond de solitude et d’incomplétude, le journal pourrait sans aucun doute rejoindre les pièces les plus abruptes de la période de guerre. Mais il n’en est rien. Les liasses d’« impressions » et de faits avérés qui traversent le binôme père-fille, mettent en lumière les mécanismes complexes (littéraire et pictural) qui motivent la démarche. Les bas-fonds de la douleur mettent en réseau les pulsions et les états qui échappent au tout-venant de l’existence. L’art émerge de tout, même du cloaque, sorte de quatrième dimension où le silence a droit à de cité. Instable certes, précaire, mais aussi convoité et partagé, tel est ce document où Colette Klein s’est immergée. Un livre qui traverse le factuel et s’en remet au plus secret du lecteur : une bonne et juste nouvelle en quelque sorte, qui allonge le pas de l’écriture poétique d’une authentique créatrice.

 

Article de Jean-Paul GIRAUX

paru dans Poésie-sur-Seine

 

La guerre, et aprèsest un livre à double entrée. Reproduction du Journal d’un père prisonnier des Allemands entre juin 40 et mars 44. Journal d’un deuil intime : Pierre est mort hier au soir… Le Père. L’Amant. Impossible de nier que la vie soit un théâtre cruel où à chaque instant se joue la mort des gens. Ceux qu’on côtoie, ceux qu’on aime. C’est absurde. C’est comme ça. Dira-t-on que l’auteur[e]] met trop d’insistance à évoquer le perpétuel massacre auquel on se doit d’assister ? Elle en convient comme, au bout du compte, elle admet qu’elle se doit d’abandonner la tentation obsédante du suicide si elle veut poursuivre son dialogue avec les ombres, si – ce livre en marque l’intention – elle entend continuer de faire vivre le souvenir d’êtres chers sans s’interdire d’évoquer la folie meurtrière des hommes. On verra que cet ouvrage est un témoignage sans concession sur un monde dans lequel Colette Klein accepte désormais de survivre tout en restant « Consciente du désastre. De l’inutile ». L’écriture méticuleuse et/ou poétique, est une revanche sur les désordres si douloureux du destin.

Jean-Paul Giraux

Poésie sur Seine n°91

 

Article de Jacqueline PERSINI

paru dans la revue Phoenix :

 

Dans l’entrecroisement d’un journal de deuil et d’un journal de guerre rédigé par le père, au retour de ses années de captivité, l’auteur interroge son obsession de la mort.

Malgré le désespoir qui hante ses jours, elle s’obstine  à écrire.

 La publication de journaux n’est-elle pas un appel à l’autre, aux autres afin de partager l’impartageable ?

Jabès écrivait [1]: Et si nous ne partagions que le vital désir de partager, unique moyen pour nous, d’échapper à notre solitude, au néant »

Les traumatismes de la guerre se transmettent sur plusieurs générations : « Mon sang est contaminé par la mort que père et mère hébergeaient dans leurs cellules »…« ils n’ont jamais su qu’ils m’avaient légué la mort avec la vie. » Comment, pourquoi vivre  dans l’hallucination permanente de cadavres ineffaçables ? Un jeu salvateur semble possible : « je ne sais jamais si je souffre vraiment ou si je joue à souffrir ». L’auteur dispose de nombreuses ressources artistiques : écriture, peinture, théâtre qui lui permettent de mettre en scène, sous différentes formes, son obsession de la mort et du suicide. Dans ce livre, des mots sont donnés à ce qui paraissait échapper au langage : ceux du père qui énumère tous les petits événements quotidiens qui l’ont accroché à la vie et notamment les activités culturelles. La mort est dite avec une certaine distance, une émotion très contenue. Ainsi, devant la disparition d’un copain, le père écrit : « c’est triste » et non pas je suis triste. 

A l’inverse, les mots pathétiques de Colette Klein frappent, submergent le lecteur de la noirceur de ses états d’âme. Comme si devant le désir des parents de tirer un trait sur la guerre, elle poussait les cris qui n’ont pu sortir de leurs bouches. Comme si elle se chargeait, à leur place, de dire l’intolérable de l’horreur subie par des millions d’hommes. Comme s’il fallait, qu’elle fasse éprouver au lecteur un peu de l’insoutenable du traumatisme. Les mots nous donnent à voir les traces que la barbarie voulait effacer, nous donnent à entendre la folie. Ils approchent les lieux inhabitables. Dans l’entrelacement des journaux,  la voix petite mais obstinée de la vie fait son chemin et nous parvient. 

S’adresser aux morts, n’est-ce pas une façon, non pas de parler aux cadavres mais d’appeler leurs étincelles, si infimes étaient elles, pour nous inciter à tenir le fil ténu de la vie ? N’est-ce pas appeler les instants où s’est partagée avec eux la joie?

Les deux journaux s’adressent à des êtres aimés et au delà, à tout lecteur apte à être en empathie avec ce qu’il y a de plus douloureux dans l’humain.

La fascination pour la mort se retrouve dans les tableaux de l’auteur, l’imaginaire comblant les trous et le vide. Avec toutes les formes d’art à sa disposition, l’artiste tente de couper le cordon ombilical qui la relie à ses scénarios morbides. Elle met en scène ce qui l’a enkysté et immobilisé. Le ressassement semble  nécessaire pour aboutir à une relative séparation.

La mort de l’être aimé a réveillé, non seulement tous ses démons mais cristallisé les morts antérieures. Alors que toute sa vie était orientée vers le suicide, voilà que l’écriture va la déplacer vers ce qu’elle n’avait pas soupçonné : une ouverture sur la vie. Au fil des pages, s’apprivoisent les monstres, se diluent les menaces. La fille et le père, chacun à leur manière, ont construit des traces visibles et partageables.

La démarche de Colette Klein est un peu semblable à celle de Perec[2], dans le sens où tous deux, mus par la nécessité vitale de restaurer l’humain,   

tentent de lier, de rassembler les fragments d’une histoire racontable et par conséquent partageable. Leur œuvre, approchant parfois les contours de la folie, nous communique les efforts douloureux qu’ils ont dû faire pour, de la mort, faire surgir la vie. Ils ont subi la guerre dans une totale impuissance. L’écriture autorise une position active, leur permet d’halluciner, à leur manière, les scènes où ils étaient absents mais qui ont eu sur eux néanmoins des conséquences absolument destructrices.

Dans sa langue, Colette Klein, ose affronter ses fantômes, ose habiter l’inhabitable et ce qui s’était immobilisé se met à bouger, à prendre des formes visibles par tous. Pour témoigner de la folie et de la guerre, ne faut-il pas avoir en soi l’espoir d’être entendu ? Et si se partage l’impartageable au moins avec quelques uns, alors on n’est pas fou et  peut-être un peu moins seul. On est lié et relié au monde des vivants, à l’humanité toute entière.

L’art n’évacue pas le fumier dont parlait Zola mais il lui donne un lieu. Et d’autres lieux, d’autres raisons de vivre  sont possibles : l’amour, l’amitié, la solidarité, la beauté d’un paysage, la poésie. Colette Klein, en nommant ses monstres, parvient à les situer dans une partie d’elle-même. Ainsi  parfois, ils se taisent, et même à certains moments de grâce, ils la laissent jouir d’un rayon de soleil, d’une parole amie, d’une mer apaisée.

Alors qu’elle était parlée par ceux qui l’avaient précédée, Colette Klein prend la parole en son nom, met en scène, et ainsi à distance, ce qui lui a été légué. Et c’est parce qu’il y a du jeu que le « je » vivant se construit peu à peu en se décollant d’une identification aux morts qui la ravageait. Même si rien n’est jamais acquis une fois pour toutes, même si le chemin de vie exige un travail   quotidien, le vif de l’écrit relance le vif de la vie. Les mots de l’auteur nous blessent mais nous ne pouvons qu’y entrer avec attention et compassion car  ils s’inscrivent dans l’Histoire que nous traversons, nous donnent des fragments d’inhumanité où se loge néanmoins l’espoir de restaurer l’humain, de laisser filtrer et triompher la vie.

Et n’avons pas tous à démêler les fils noirs de nos histoires dans l’Histoire afin d’inventer des fils colorés, des sens qui font ouverture et recommencement ?

Car nous ne pouvons consentir au désastre et résistons comme nous le pouvons, avec les moyens dont nous disposons.  

Dans le noir le plus noir ne réside-t-il pas une petite lueur d’espoir, la possibilité de préserver, de réhabiliter le sens de l’humain ?

 C’est ce que ce livre nous transmet. 

[1]  Edmond Jabès, Le livre du partage, Gallimard, 1987.

[2] Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance,Gallimard,1995

 

Article de Bernard Fournier

pour la revue Poésie première

 

Colette Klein, La Guerre, et après, éditions Pétra, 2015, 25 €.

Le titre le laisse sans doute pressentir, voilà un livre d’espoir, paradoxal. L’auteur y mêle deux journaux intimes : celui de son père en captivité durant la seconde guerre mondiale, et le sien après la mort de son compagnon. Le premier demeure optimiste malgré les épreuves endurées, tandis que le second est largement dominé par la décision du suicide. Le premier rend compte de la réalité du travail quotidien et du comportement parfois nauséabond de certains compatriotes qui arborent la Francisque pour la troquer tout aussi rapidement par la Croix de Lorraine. Mais le père de Colette Klein ne s’épanche que peu sur ses sentiments qu’on devine cependant.

Tout au contraire, sa fille est envahie par le sentiment de la mort et son désir d’en finir à la date anniversaire de la mort de son amant. Mais le plus important c’est la sincérité avec laquelle l’auteur nous livre ses sentiments, même les moins avouables : « Obsession égocentrique, je le sais, qui utilise ta mort ! J’en ai honte ! […] O cette complaisance à la douleur ! » Mais elle comprend que la vie, sa vie, ne concorde pas tout à fait avec son désir. Et c’est ainsi qu’elle peut continuer son journal et le publier. Ainsi, par la vie, le souvenir persiste : aurait-il en pu être autrement avec la mort ? Grâce à Colette Klein, Pierre Esperbé revit un peu, avec ce livre qui relie les formes extérieures des douleurs mondiales avec le destin individuel : une manière de « trouver la vie ».

 

Lettre ornée d’un dessin, envoyée par Charles Klein à son épouse Hélène, pendant la seconde Guerre mondiale.

Extrait :

Je crois vraiment qu’ils n’ont jamais vraiment su qu’ils m’avaient légué la mort avec la vie, que mon existence se construirait sous l’œil fixe d’une obsession morbide impossible à diluer.

 

Sortie de la nuit avec le désir d’y retourner.

 

Une vie condamnée à se fracasser contre le mur de cette obsession. Dans le silence ou dans le cri, selon que domine la résignation ou l’impatience.